Blog - Les files d'attente - la résignation

Les files d'attente - la résignation

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Ceux qui ont voyagé ou voyageront peut-être un jour en Argentine se rendront vite compte, qu'ici, les files d'attente sont fréquentes et impressionnantes. Cela semble même être une sorte de tradition que les Argentins semblent prendre avec beaucoup de patience. Est-ce de la résignation, est-ce que ça leur est égal ou est-ce simplement une autre forme particulière de créer des liens sociaux ?

File d'attente - moyenne générale et taux

Je me suis souvent énervé dans notre bonne vieille poste centrale de Fribourg lorsque je voulais simplement poster une lettre ou payer une facture, et que je prends mon numéro 438 et vois affiché, au compteur des numéros actuellement servis, le numéro 416. Pourtant en comparaison, ça allait vite, car il y avait J guichets. Et J guichets c'est beaucoup, c'est... abcdefghij... 10 ! Dix guichets. Donc 22 clients divisés par dix guichets, finalement c'est assez rapide.

Et alors là je me demande, pourquoi diable ai-je pu m'énerver... Ici en Argentine, c'est trois guichets, et dix fois plus de monde qui attend. Ceci n'est pas une exagération. En général les files d'attentes sont de :

  • 10 personnes au "cajeros automáticos" (retrait d'argent au bancomat) / entre 1 et 3 distributeurs et je cherche encore à trouver la raison pourquoi c'est ainsi car il y a beaucoup de distributeurs. Est-ce que les Argentins vont tous les jours vérifier leur solde ? Préfèrent-ils retirer 20 pesos par fois plutôt que de retirer 200 pesos à moindre fréquence ? Mystère.
  • 15 personnes par caisse aux supermarchés. L'autre jour, alors qu'il faisait 40°C, je me suis acheté de la glace. Ce ne fut pas la meilleure initiative que j'ai eue de ma vie ici bas.
  • 25 personnes dans les agences de téléphonie, les "rapipago" (pour payer ses factures "rapidement"), les bureaux, etc.

Alors le paradoxe c'est qu'on vous met environ 15 vendeurs à votre service dans les rayons, et au moment de payer, une seule caisse. L'autre jour je suis même parti en voyant la file, alors que j'avais déjà mon bulletin dans la main pour un téléphone fixe sans fil (qui ne me sert à rien depuis 1 mois) et coûtant 180 pesos. Au lieu d'attendre 30 minutes pour donner de mon argent à cette entreprise qui n'a que faire des clients qui attendent - du moment qu'ils dépensent leur argent - j'ai préféré dépenser 4 minutes de mon temps pour écrire un mot dans le livre des "quejas" (plaintes) - une autre tradition en Argentine. Alors certes inutile je suppose, mais ça soulage.

Et pour montrer à quel point c'est fréquent et intégré dans le quotidien argentin, voici quelques exemples : il y a toujours des trucs pour retirer son numéro, où que ce soit (boucherie, boulangerie, magasin, commerce, etc.). De même, il existe bien quelques mots pour décrire la file d'attente : la cola, la fila, etc.

Mais les chiffres ci-dessus ne sont encore rien en comparaison de cela :

La poste ou la banque

Voilà-t-y pas que l'autre jour j'ai envoyé une belle lettre à ma famille (avec le kit du voyage à domicile) et pour une simple lettre de 12cm x 18cm (x 6mm), j'ai dû faire 40 minutes de file d'attente. Tout d'abord, explications de la configuration des lieux à mon arrivée dans le "Correo Argentino". Voilà donc ma réaction et la configuration qu'il y avait à mon arrivée.

File d'attente à la poste
Configuration spontanée d'une file d'attente

J'ai donc commencé à faire la file d'attente, résigné. Car c'est la seule chose qui vous reste à faire : accepter et se taire. Car si tu veux gueuler, il faut faire la file d'attente pour voir le gérant et si tu veux t'énerver et partir, tu ne posteras pas ta lettre et personne ne saura jamais que tu es venu, t'es énervé et reparti. La résignation est donc la solution, le comportement à adopter.
Je fais donc la file durant à peine 10 minutes, lorsque vient un employé et dit à chaque personne tenant une lettre dans la main, d'aller dans une autre file, récemment créée pour l'occasion. Les autres personnes étaient là pour payer leurs impôts (ah ça... c'est international) ou payer d'autres factures.

Je sors donc de la file pour entrer dans une autre, et voilà la nouvelle configuration. L'ancienne file se déleste de ses écrivains en herbe, et se crée une nouvelle file plus petite.

File d'attente à la poste
Configuration suite à la scission en deux files d'attentes

Suite à la procédure du changement opéré intelligemment par l'employé de la poste (en fait, un gardien), il s'est déclenché des échanges sociaux très intéressants. Ainsi, j'ai pu demander à mon voisin qui me succédait son tube de colle. On avait déjà un point commun : on envoyait une lettre. Et il avait son tube de colle juste là, tout prêt. En effet, la poste argentine interdit de fermer une lettre avec du scotch. Si vous en mettez, on vous le coupe au cutter pour aussitôt refermer avec de la colle. Complètement stupide comme geste, mais c'est ce qui m'est pourtant arrivé à l'envoi de ma première lettre. On a donc commencé à papoter et j'ai presque réussi à lui vendre un site internet. Affaire à suivre donc.
Très intéressant également, les clients à lettres qui connaissent les clients à paiements et qui commencent à parler. Regardez bien le schéma, je les ai représentés. Ils sont en pleine conversation. Puis, tour à tour, une des deux files avance (très lentement bien entendu), jusqu'à rendre la conversation impossible.

Toujours insolite, les nouveaux clients qui arrivent. Ils demandent donc où débute la file (en fait c'est la fin) car la question est très fréquente. Puis tout le monde s'en mèle gentiment, très sociablement et sans jamais jurer ou s'énerver (en général).

- A : Où débute la file ?
- B : Ca dépend, tu postes une lettre ?
- A : Oui, mais j'ai un rapipago aussi.
- B : Alors il faut faire l'autre file.
- C : Ah mais moi je suis dans cette file pour rien alors ?
- D : Non non, moi aussi je fais cette file pour le rapipago.
- B : Ici c'est pour les lettres uniquement.
- Le gardien : Si c'est pour le Rapipago, c'est l'autre file.
- E : Mais moi j'ai Rapipago et une lettre, je vais où ?
- Le gardien : c'est l'autre file.
- E : J'ai fais la file pour rien ?
- F : Monsieur, ça ferme à quelle heure ?
- Le gardien : oui, il faut que vous changiez de file. Ca ferme à 20h.
- A : Je vais où alors, finalement.
- B : Dans l'autre file.

Autant dire que si tu ne parles pas espagnol, ce genre de conversations t'échappe, tu ne peux pas comprendre une seule info, et tu restes dans la file la plus courte. Si c'est la bonne, tant mieux pour toi. Si c'était l'autre, tu balbuties que tu savais pas que pas d'ici, que espagnol difficile, que toi gentil et pas d'ici, que toi pas savoir et pas comprendre. Et parce qu'ici on aime bien les étrangers et qu'on a pitié d'eux, on t'envoie alors au tout début de la file la plus longue. Et tous les Argentins te prennent un peu pour un paumé, alors qu'en fait t'es un sacré margoulin. Je vous rassure, je n'applique plus cette pratique depuis longtemps. Je suis honnête désormais.

NB : Notez que chaque client peut prendre l'un ou l'autre rôle. Ainsi, un client patient peut devenir un client fâché (s'il passe du stade de "prochain servi" à "dernier client") et chaque client fâché finira par se convertir en dernier client, puis en client résigné.

Les aides sociales

Et là, on atteint les sommets de file d'attente. Croyez-moi, la première fois que vous voyez cela, ça vous fait drôle quand même. Plein plein plein de personnes attendant quelque chose alors que vous, vous ne voyez rien. Et si par malheur (la première fois que ça vous arrive) ou par erreur (les fois suivantes) vous marchez sur le même trottoir et dans la direction opposée, il va falloir assumer tous ces regards. Car quoi de mieux à faire que de regarder (et critiquer ?) les passants lorsqu'on est dans l'obligation d'attendre.

Schéma ? Oui, schéma. Car je sais que vous aimez ça. Et là, c'est carrément une vue aérienne dont j'ai besoin pour bien présenter la situation.

File d'attente dans les rues
Longue file d'attente de personnes recevant des aides sociales

Finalement chaque personne se trouvant en fin de cuadra doit bien vérifier que personne ne vienne s'insérer depuis le coin de la rue, et doit décider à quel moment traverser la route pour continuer la file d'attente.

On peut rire de tout, et c'est pour ça que j'en ris. Mais en réalité, ça m'exaspère de penser que le gouvernement prend, une fois de plus, les gens pour des cons. Comme s'ils n'avaient que ça à faire : attendre 3 heures sous un soleil de plomb (ou sous la pluie), debout sur le trottoir, près du flux incessant de voitures et "colectivos", à la vue de tout le monde qui pourra ensuite chusmear tranquillement. On préfère économiser sur le nombre de fonctionnaires qui, de plus, sont payés une misère et prendre les gens pour des imbéciles plutôt que de payer plus d'employés (durant moins de temps, ce qui reviendrait au même) et prendre en considération "le bas peuple".

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Blog's author2008-12-14
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Raph 30.12.2008 (00:56:15)
T'es gonflé ! Mon blog n'est absolument pas politiquement correct. Il n'y a qu'à voir le lexique argentin. C'est plein de mots pas propres.
Et question politiquement pas correct, j'ajouterais même, et en español :
ARGENTINA ES UN PAIS CORRUPTO Y CRISTINA KIRSCHNER SOLAMENTE SE ESTA LLENANDO LOS BOLSILLOS DE PLATA, DESCUIDANDO TOTALMENTE LA GENTE POBRE O DE CLASE MEDIA. IGUALMENTE PARA LOS GOBERNADORES, COMO ALPEROVICH DE TUCUMAN.

Philippe 16.12.2008 (02:22:28)
Pourquoi tu as pas écrit "queues" comme tout le monde. Y en a marre du politiquement correct!


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